L’empreinte des Arts Martiaux : du souvenir à la reprise

Dans le parcours d’un pratiquant, il existe parfois de longues parenthèses. La vie, les études, les impératifs professionnels ou encore les déménagements dessinent des trajectoires qui nous éloignent, physiquement, du Dojo. Pour beaucoup d’entre nous, le Karaté et le Kobudo restent alors des souvenirs de jeunesse, des moments de formation souvent vécus sous l’impulsion des parents ou par une vocation précoce.

Un héritage que l’on emmène avec soi

Pourtant, cette pratique ne s’efface jamais vraiment. J’en ai fait l’expérience personnelle : durant vingt-cinq années de pause, mon Gi et mes armes ne m’ont pratiquement jamais quitté. Ils ont attendu dans un placard chez mes parents, puis m’ont suivi lors de mon expatriation. Parfois, à l’autre bout du monde, je sortais mes armes de leur étui pour retrouver, le temps d’un mouvement solitaire, cette sensation d’équilibre et de discipline apprise des années plus tôt.

Ces objets n’étaient pas de simples souvenirs, mais les gardiens d’une identité en attente.

La mémoire du corps : retrouver ses racines

Une crainte fréquente chez ceux qui envisagent de reprendre est celle de l’oubli. Il est vrai qu’après des décennies, l’enchaînement précis d’un Kata peut s’estomper. Mais la véritable essence des arts martiaux d’Okinawa ne réside pas uniquement dans la mémorisation d’une chorégraphie.

Ce qui demeure, ce sont les fondations : la structure du corps, la gestion de l’espace, et cette posture intérieure acquise sur le tatami. Reprendre après vingt-cinq ans n’est pas un recommencement, mais un réveil. Le corps possède une mémoire profonde qui, une fois sollicitée, finit par retrouver ses repères. On ne revient pas au Dojo pour redevenir l’enfant ou l’adolescent que l’on était, mais pour intégrer cette pratique à l’adulte que l’on est devenu.

Plus qu’un retour, un renouveau

Le retour à la pratique permet souvent d’accéder à une compréhension plus fine, plus mature, des techniques et de la philosophie de notre art. Il y a un peu plus de cinq ans, mon arrivée à Reims a marqué mes retrouvailles avec le Kobudo, suivies d’un retour au Karaté il y a deux ans. Ce cheminement m’a d’abord mené vers l’obtention d’un deuxième Dan de Kobudo et, tout naturellement, vers la transmission auprès des plus jeunes, avant tout récemment d’obtenir ma ceinture noire 1er Dan de Karaté, près de trente ans après ma ceinture marron.

En observant les enfants qui débutent aujourd’hui, on mesure l’importance de ces graines semées tôt. Que la pratique soit continue ou qu’elle connaisse des éclipses, elle laisse une empreinte indélébile. Et cette ceinture noire que je viens d’obtenir n’est en rien une ligne d’arrivée : c’est un nouveau commencement.

La porte reste ouverte

Cet article s’adresse à ceux qui, parfois, croisent le regard de leur ancienne ceinture au fond d’un tiroir ou repensent avec nostalgie à leurs années de pratique. La barrière du temps est souvent plus psychologique que physique.

L’école Oshukai n’est pas seulement un lieu d’entraînement, c’est une communauté où chaque parcours est respecté. Que vous ayez pratiqué le Karaté, Shorin Ryu ou autre, ou le Kobudo, que vous ayez été ceinture de couleur ou noire, sachez que l’expérience acquise n’est jamais perdue. Elle attend simplement le moment opportun pour s’exprimer à nouveau.

Note de l’auteur : Rodolphe Prom a renoué avec les arts martiaux après une pause de près de 25 ans. Aujourd’hui ceinture noire 1er Dan de Karaté Shorin Ryu et 2ème Dan de Kobudo, il enseigne le Kobudo aux enfants. À travers son parcours, il souhaite démontrer que la voie martiale reste toujours ouverte, quel que soit le temps écoulé.